Le vainqueur de la Route du Rhum met des voiles sur les cargos

Yvan Parlier est un homme qui a fait le tour du monde à la voile. Vainqueur de la Route du Rhum, participant du Vendée Globe, légende des quarante rugissants. Mais aujourd'hui, il n'est plus sur les vagues de l'océan. Il vit au bord du bassin d'Arcachon — cette lagune paisible où les parcs à huîtres alternent avec les bancs de sable et où, à l'horizon, blanchit la plus haute dune d'Europe, le Pilat.

« Ce qui me plaît ici, c'est la variété, dit Parlier en barrant sa pinasse sur la lagune. L'océan est juste là. Ici, les passes avec de magnifiques bancs de sable. Le banc d'Arguin — une réserve d'oiseaux, hyper sauvage. Et à l'intérieur, l'île aux Oiseaux, les villages ostréicoles, tout le fond du bassin. C'est infini. » La pinasse — bateau local en pin des Landes, à fond plat, rapide — est l'embarcation typique du bassin d'Arcachon.

Mais Parlier n'est pas là seulement pour le repos. Lors de ses tours du monde, il a pris conscience de l'ampleur du problème climatique — et a décidé que les navires de commerce, brûlant des tonnes de fioul lourd, devaient revenir au vent. Ainsi est né le projet Beyond the Sea — « Au-delà de la mer ». L'idée : un immense kite lancé depuis le pont d'un navire, qui tracte le bâtiment par la seule force du vent. Non pas en remplacement du moteur, mais en complément, réduisant considérablement la consommation de carburant et les émissions.

C'est directement sur le bassin d'Arcachon que Parlier teste ses prototypes. Une pinasse équipée d'un kite glisse sur l'eau sans bruit de moteur. « La sensation de la glisse pure, décrit un passager découvrant le kite pour la première fois. Le silence, le bateau qui respire, qui cherche le chemin le plus facile dans les vagues. Un pur moment de bonheur. »

Parlier n'est pas naïf. Il sait que chacun doit surveiller son empreinte carbone — et que renoncer aux vols pour les vacances, réduire la consommation de pétrole pour les loisirs, ce ne sont pas des slogans mais des nécessités. Mais il croit que la technologie peut aider, pas seulement contraindre. Le kite n'est pas un retour en arrière. C'est l'utilisation d'une ressource éternelle — le vent — avec des matériaux et une ingénierie modernes.

Sur le bassin d'Arcachon, où les marées découvrent en quelques heures des kilomètres de sable puis les recouvrent, le temps fonctionne autrement. Si l'on tarde à appareiller, le bateau s'échoue. Parlier, habitué aux tempêtes du grand large, compose désormais avec le rythme de la lagune. « J'ai arrêté la compétition en 2006. Maintenant, je vis ici, au bord de l'eau, souvent sur les bateaux. Et je suis heureux », dit-il simplement. Des rugissements des quarante au murmure du kite au-dessus d'Arcachon — le chemin d'un homme de la vitesse vers le sens.